Guerre commerciale sino-américaine : risques et opportunités pour les entreprises européennes

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Quelques mois après l’escalade sans précédent de l’été 2019 dans la guerre commerciale opposant Pékin à Washington, voilà que les deux mastodontes de l’économie mondiale viennent de signer un accord partiel. Si la détente semble désormais à portée de main dans la guerre commerciale américano-chinoise, cet épisode, qui n’est pour autant pas prêt d’être terminé, […]

Quelques mois après l’escalade sans précédent de l’été 2019 dans la guerre commerciale opposant Pékin à Washington, voilà que les deux mastodontes de l’économie mondiale viennent de signer un accord partiel. Si la détente semble désormais à portée de main dans la guerre commerciale américano-chinoise, cet épisode, qui n’est pour autant pas prêt d’être terminé, a rappelé que nous vivons une période d’instabilité politico-économique rarement précédée. Les entreprises européennes et françaises sont-elles les victimes collatérales de ce conflit entre grandes puissances ? Comment faire face à cette menace ?

La guerre commerciale : un match perdant-perdant ?

A l’origine de la guerre commerciale, la montée en puissance de la Chine devenue en 2009 le premier exportateur mondial et en 2014 la première économie en termes de pouvoir d’achat réel, ravissant son titre à Washington, au grand dam de son président actuel qui accusait en 2016 les Chinois d’être « les plus grands voleurs du monde ». Donald Trump dénonce ainsi l’asymétrie de la relation économique entre Washington et Pékin et en donne pour preuve la balance commerciale entre les deux pays, déficitaire pour les Etats-Unis.

Dès le mois de mai 2018, Trump lance donc l’offensive et annonce une taxe de 25% sur les importations d’aluminium et 10% sur celles d’acier, cette décision étant directement dirigée vers la Chine dans la mesure où cette dernière est la première exportatrice d’acier au monde. Pendant de nombreux mois s’ensuit entre les deux Etats un jeu de ping-pong où les mesures protectionnistes et de rétorsion font office de balle.

Si une relative accalmie semble approcher, c’est peut-être parce-que, derrière la simplicité apparente d’une guerre commerciale à coups de taxes douanières telle qu’elle est décrite par Trump, un tel conflit ne fait que des perdants. Ainsi, il aurait coûté à la Chine 70 milliards de dollars, et aux Etats-Unis 67 milliards. De plus, les mesures protectionnistes américaines ont directement impacté les entreprises nationales. Si Apple, qui était en première ligne dans la mesure où le géant de la tech fait fabriquer ses produits en Chine, a finalement été exempté de droits de douanes pour ses importations en provenance de l’Empire du milieu, d’autres entreprises comme Walmart ou Home Depot, toutes dépendantes des importations chinoises, n’ont pas eu cette chance. La hausse des taxes sur l’acier et l’aluminium a également heurté l’industrie automobile américaine de plein fouet et Tesla comme BMW ont décidé de délocaliser leurs usines… en Chine justement.

L’Europe : victime collatérale d’un combat pour le leadership mondial

Cette guerre commerciale, mais aussi monétaire et technologique, fait d’autres victimes collatérales, au premier rang desquelles les entreprises européennes. En effet, le recours au protectionnisme impacte tous les acteurs économiques internationaux. Bruxelles a ainsi dû lever la voix face à Pékin et brandir l’étendard du libre-échange pour protéger ses entreprises implantées en Chine, en première ligne des mesures protectionnistes chinoises. Les entreprises européennes présentes aux Etats-Unis ont également souffert. Et la guerre monétaire entre le yuan et le dollar fait indirectement augmenter l’euro, entravant les capacités d’exportation des entreprises européennes.

Sur le plan économique, la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis ne ferait donc que des perdants. Cela remet en cause son efficacité pour guérir l’injustice qu’elle prétend corriger. La cause du conflit entre la Chine et les Etats-Unis serait-elle vraiment d’ordre commercial ?  Il s’agirait en fait plutôt d’un combat pour le leadership mondial dont l’économie n’est qu’un des champs de bataille. En témoignent par exemple les escalades en mer de Chine et l’offensive chinoise des routes de la Soie. Or, le XXIème siècle en connaitra des conflits géopolitiques, et la guerre économique tiendra une place de plus en plus importante dans ces derniers. C’est pourquoi, il est plus que jamais nécessaire pour les entreprises de s’y préparer.

L’intelligence économique comme moyen de survie de l’entreprise dans un monde globalisé

Dans un contexte de concurrence accrue et d’intensification du risque politico-économique liées aux guerres commerciales, l’intelligence économique devient un outil que ne peuvent plus ignorer les entreprises exposées à l’international. Selon Claude Revel, haute fonctionnaire spécialiste de l’intelligence économique, le triptyque de cette dernière se résume dans ces recommandations : « connaitre son adversaire, protéger ses atouts et être présent partout ».

L’entreprise du XXIème siècle ne peut plus ignorer les risques mais doit les anticiper, de même qu’elle doit s’efforcer de connaître et de comprendre son partenaire, encore plus s’il peut s’avérer être son ennemi. Le concept de « coopétition » est éclairant : dans un monde globalisé, tout partenaire peut un jour devenir adversaire et réciproquement, ce qui est par exemple particulièrement vrai dans le secteur du BTP.

La connaissance et la compréhension de son partenaire/adversaire doit être particulièrement de mise lors de tractations avec les Chinois en l’occurrence, dont les spécificités culturelles dans le monde du business sont importantes. Ainsi, comme le recommande Pierre Tabary de Schneider qui a été l’une des premières grandes entreprises françaises à s’implanter en Chine dans les années 1980, il est particulièrement nécessaire d’investir dans les relations personnelles qui doivent s’inscrire dans la durée et prennent donc du temps, ce qui contraste avec la vitesse avec laquelle le pays évolue. De même, la signature d’un contrat en Chine n’a pas la même signification que dans le monde occidental : si elle signifie pour nous la clôture d’un deal, elle marque pour les Chinois le début d’une relation.

La montée en puissance de Pékin et les défis et soubresauts économiques concomitants sont donc porteurs d’obstacles mais aussi d’opportunités pour les entreprises. Le meilleur moyen de tirer parti de ces évolutions réside dans la capacité des acteurs économiques à anticiper, à innover et à s’internationaliser en prenant plus que jamais en compte les risques, mais aussi les nouvelles portes qui s’ouvrent.